Actualités 2006-2007

Les élèves du lycée Jacques Feyder sur la scène du Théâtre du Rond-Point
Les élèves du lycée Jacques Feyder sur la scène du Théâtre du Rond-Point

juin 2007

Découvrir et pratiquer le théâtre, une enseignante raconte

Nathalie Broux, enseignante de lettres et d'histoire des arts au lycée Jacques Feyder d'Epinay-sur-Seine et coordinatrice interne des classes expérimentales nous raconte l'incroyable aventure de la sensibilisation au théâtre de ses élèves, qui ont activement participé au programme mis en place avec le Théâtre du Rond-Point et qui sont devenus tour à tour spectateur et apprentis comédiens...

« Aller au théâtre... Une sortie au théâtre commence toujours par des mises au point très pratiques! Certains élèves ne sont jamais allés au théâtre, en particulier à Paris... Il faut donc expliquer : pendant la pièce, on ne parle pas, on éteint son portable (Quoi ? Même pas sur vibreur... et si on m'appelle ? ), on n'écoute pas son MP3... Cela leur apparaît comme une cérémonie extrêmement solennelle... Ils pourraient refuser, mais au contraire : aux sorties, tout le monde vient. Les élèves se pressent, curieux : ils veulent découvrir. Ils n'osent pas y aller tout seuls - c'est un des enjeux de ce partenariat - alors comme l'occasion leur est offerte, ils se précipitent. Méfiants, voire narquois, mais bien présents. Parfois avec l'intention de « débarquer » chez les « bourgeois", les « intellos », les « parisiens », qui, malheureusement, sont les mêmes dans leur esprit. Ils veulent sentir les regards posés sur eux, rencontrer un snobisme auquel on leur donne accès tout à coup. Rares sont ceux qui avouent qu'ils veulent tout simplement apprendre...

Première surprise : ils sont vraiment accueillis au Théâtre. On ne les observe pas du coin de l'œil, on ne les regroupe pas au fond de la salle, on ne se méfie pas d'eux. L'équipe leur explique le fonctionnement du lieu, répond aux questions. Un théâtre à Paris, sur les Champs-Élysées, où la moquette est belle, le bar chaleureux, le restaurant cher, les toilettes propres, est heureux de les voir arriver. Ils sont presque déçus : ils doivent, une première fois, renoncer à leurs préjugés. Pas si snobs, ces bourgeois[...].

Deuxième surprise : le théâtre, ce n'est pas forcément Molière... Il est vivant, les auteurs existent, les acteurs parlent « comme nous", le texte interpelle. Comment renoncer à cet autre préjugé selon lequel le théâtre est une langue ancienne, un endroit poussiéreux, une pratique d'un autre âge ? Le théâtre surprend, il dérange, même...Il agresse leur pudeur, leurs certitudes entretenues par l'isolement.

Faire du théâtre... Lorsqu'il s'agit de s'inscrire à l'atelier, au lycée, les filles sont très majoritaires. Réflexe oblige. Vous souvenez-vous de L'Esquive ? Faire du théâtre, c'est un « truc de pédé »... Encore des préjugés, évidemment. Orgueil, fuite du regard des autres, mais peur, surtout, de se mettre à l'épreuve de la réalité. Sur ce terrain, il faudra encore du temps.

Mais en attendant, ils sont là, un samedi matin, dans la salle de réunion du lycée. Ils sont nombreux. Qui a dit que rien ne les intéressait ? Ils se sont levés, exprès, pour aller se frotter au théâtre... Pour aller voir, pour aller faire... Car la pratique du théâtre, insinuée au cœur d'un établissement scolaire, c'est là tout l'enjeu du partenariat. Et l'idée est bonne : à les voir tous, le premier samedi, les uns contre les autres, se cachant, chuchotant, gloussant, on se dit qu'il existe là un territoire inexploré. Territoire artistique, social, mais aussi intime. L'adolescence et le théâtre, toujours une belle rencontre, que l'école ne permet que de très loin. Le corps des adolescents, leur pudeur, leur ignorance d'eux-mêmes, leurs défenses, projetés tout à coup sur un plateau. Tout un programme, que les trois comédiens vont initier, à tâtons, avec cette tribu hybride.

Et quelques mois plus tard, une pièce, Mes Gaillards, d'Alain Sevestre, sorte de chorégraphie où le groupe, les métamorphoses, les rapports de force, se jouent de manière complexe. L'énergie est brutale, le travail est immense, et le texte difficile jaillit comme une évidence. »